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Edito Newsletter Mars 2012

01.03.2012


Alors que les médias français ne vivent qu’au rythme des élections présidentielles, les acteurs, comme la Fondation France Libertés, qui défendent le droit à l’eau pour tous, espèrent voir prochainement le jour où les questions humanistes seront à l’esprit de tous les citoyens.

Le mois de mars sera propice pour évoquer le bien commun car la France accueillera, dans la ville de Marseille, le 6ème Forum Mondial de l’Eau, qui s'ouvrira le 12 mars avec un discours de notre Président, ce qui mettra certainement cet évènement à la une de tous les médias.

Mais que retiendront-ils ?
Retiendront-ils, comme c’est le cas de Brice Lalonde, l’image d’un forum réunissant les industriels et les Etats donnant la parole aux ingénieurs afin de porter les solutions qui feront tourner le business en aidant, si possible, les plus pauvres en même temps que cela contribuera à enrichir nos multinationales ?
Retiendront-ils la volonté de communication portée par Publicis grâce au budget estimé à 3 millions d’euros engagé par le Forum, faisant de cet évènement une vitrine au profit d’une campagne électorale très éloignée des enjeux de l’eau pour tous ?

Rien n’est certain. Cependant, je suis pratiquement sûr que les 3 milliards de femmes et d’hommes qui n’ont pas accès au moindre assainissement aujourd’hui, où nous vivons nous dans notre confort occidental, seront dans les paroles mais pas dans les actes. C’est bien là la faiblesse majeure de ce Forum Mondial de l’Eau. Ce bel évènement qui, au fil de ses éditions, démontre son incapacité à faire émerger une vraie gouvernance mondiale de l’eau. Les discussions sont belles, les invitations nombreuses, les budgets étrangement disproportionnés en ces temps de crise, mais que reste-t-il au lendemain de l’évènement quand tous les acteurs repartent vers leurs contrées ? Pas grand-chose jusqu’à maintenant. Même le droit à l’eau, rejeté du précédent Forum à Istanbul, a du être porté par la Bolivie à l’assemblée générale des Nations Unies pour voir le jour. Mais depuis rien. Pas un des pays occidentaux, qui pourrait impulser un vrai grand changement afin d’obtenir l’eau pour tous, n’a fait le choix d’inscrire ce droit dans sa Constitution.
Preuve en est, l’objectif porté par la France, à Marseille, sera de faire ratifier la Convention de partage des eaux des fleuves transfrontaliers qui date de 1997 et qui attend toujours d’être ratifiée. La France l’a fait en 2010. On me dira, c’est mieux que rien. Effectivement si la ratification est effective.
Mais est-ce suffisant ? Non, absolument pas. Ce n’est pas suffisant, et ce n’est pas courageux. La résolution de juillet 2010 votée par la majorité des nations sans qu’aucune ne vote contre, ouvrait la voie royale pour un grand courage de la communauté de l’eau à Marseille : faire d’un droit théorique, un droit effectif dont nous puissions nous enorgueillir.

C’est pour cela que la Société Civile se mobilise et organise dans le cadre du Forum Alternatif Mondial de l’Eau, deux journées de rencontres intitulées « Eau, Planète et Peuples » les 9 et 10 mars à Marseille accueillies par le Conseil Régional Provence Alpes Côtes-d’Azur. Nous espérons ainsi faire passer un message essentiel en amont de la grande messe de l’eau.

Il ne suffit ni d’argent, ni de solutions techniques, il faut de l’engagement, de la volonté politique pour qu’enfin l’Humanité puisse faire ressortir ce qu’elle a de plus précieux : sa capacité au partage. Nous savons que les moyens financiers existent mais ils ne sont pas mis à la disposition de nos objectifs.
Les solutions techniques sont nombreuses et le Forum Mondial de l’Eau compte les dénombrer à force de communications. Mais ces solutions sont-elles celles portées par les peuples ? Si oui, sommes-nous prêt à les financer, même si cela ne ramène pas de business pour notre économie en mal de croissance ? Sommes-nous prêt à faire des choix vraiment désintéressés et généreux ?

Avec Danielle Mitterrand, nous avions l’habitude d’entendre les uns ou les autres nous traiter d’utopistes. Pourtant, nous savions que si la volonté politique était là, nous pourrions changer la donne. En ces temps de crise, certains économistes se plaisent à rêver que les nations puissent fournir un effort digne de celui des Etats-Unis d’Amérique durant la Seconde guerre mondiale qui, en quelques semaines, avait transformé leur industrie marchande en économie de guerre.

Avant qu’il ne soit trop tard, changeons notre économie capitaliste égoïste en économie de partage et de coopération pour enfin, au moins pour nos biens communs, partager l’essentiel, la force de vie, la vraie valeur : l’eau.
L’Humanité est-elle prête à mettre en œuvre des volontés positives plutôt que de toujours évoluer sous la contrainte. Ce sont les contraintes qui ont parsemé notre histoire de guerres inutiles. Derrière le droit à l’eau pour tous, c’est cet espace politique profondément humaniste qu’il est possible d’entrevoir.

Il n’est jamais trop tard et alors que les résultats du Forum de Marseille seraient un tremplin formidable pour que nous puissions porter à Rio+20 autre chose que la simple économie verte, qui n’est rien d’autre qu’une incapacité à changer de paradigme. Nous pouvons, nous devons, nous projeter encore plus loin en imaginant qu’en 2015 les Objectifs du Millénaire pour le Développement fassent la part belle à l’accès à l’eau et à l’assainissement.
Rappelons que dans les premiers objectifs, l’eau est rangée au point 3 de l’objectif 7 au fin fond d’un document qui en compte 8. L’eau ne compte pas. Pourtant, comment imaginer l’objectif 1, à savoir l’éducation, sans accès à l’eau ? Comment imaginer l’objectif 2, la santé, sans accès à une eau potable et à l’assainissement ?

Le combat que nous menons peut paraître epsilon au regard des évolutions qui agitent le monde depuis, notamment, les révolutions arabes. Pourtant, il n’en est rien. Les biens communs sont au cœur de l’identité humaniste. Les biens communs de la connaissance montrent la voie en ces temps modernes. Ils permettent aux peuples de tous pays, d’échanger, de se connaitre, de s’organiser, de changer la donne. Mais nous auront grandi lorsque nous attacherons réellement la place qui leur revient à ceux qui sont le cœur de l’histoire de nos civilisations : les biens communs du vivant.

Pour tous ceux d’entre vous qui veulent croire à cette idée et venir la partager avec nous, rendez-vous les 9 et 10 mars à Marseille, afin que notre énergie constructive vienne servir ceux qui en ont le plus besoin.

Rejoignez-nous et portez votre pierre à cet édifice que nous essayons de construire et de faire émerger : une vraie gouvernance mondiale de l’eau désintéressée et au service de l’Humanité.