
Chamangá, faire vivre un héritage commun de solidarité
15.07.2026
À l’occasion des 25 ans de la Fondation Chamangá, la Fondation Danielle Mitterrand s’est rendue à Montevideo pour découvrir de près son travail, rencontrer ses équipes, ses boursier·es et ses partenaires. Un temps fort de rencontres, d’échanges et de réflexion autour de la solidarité internationale, qui prend tout son sens lorsqu’elle ne se limite pas à apporter une aide, mais permet à chacune et chacun de renforcer son pouvoir d’agir, de faire avec les autres et de participer à la transformation de sa société.
Chamangá, 25 ans au service des vocations et de l’engagement
Créée en 2000 par Anne-Marie Sendic et ses compagnons de route, la Fondation Chamangá porte une initiative singulière en Uruguay en accompagnant des jeunes adultes, souvent issus de milieux défavorisés, pour leur permettre de poursuivre leur vocation et de devenir à leur tour des actrices et acteurs de transformation sociales de leur pays. Depuis 25 ans, la Fondation Chamangá ne se contente pas de soutenir l’accès à l’éducation, elle construit un accompagnement fondé sur la confiance, la solidarité, la transmission et l’engagement citoyen. Des centaines de jeunes ont ainsi pu développer leur projet professionnel tout en s’investissant dans des initiatives au services de leurs communautés et en transmettant à leur tour leur expérience aux nouvelles générations de boursier·e. La solidarité devient alors une relation qui se construit dans le temps, dans la proximité et dans la capacité à aller vers les autres.
Cette approche fait profondément écho à l’histoire de la Fondation Danielle Mitterrand qui, depuis quatre décennies, défend les droits fondamentaux, les libertés et le droit des peuples à disposer de leur destin. Le manifeste de la Fondation place au cœur de son action un autre rapport à l’autre, fondé sur la coopération, la solidarité et la reconnaissance de la diversité humaine. Derrière des champs d’intervention différents, une même conception de l’engagement dessine le refus de la résignation, renforcer les capacités d’agir et faire de la solidarité un levier d’émancipation.

Découvrir Chamangá de l’intérieur
Le séjour a commencé par la participation à la réunion mensuelle des boursières et boursiers de Chamangá. Échanges, interconnaissances et retours d’expérience ont nourri cette rencontre, donnant à voir une fondation qui ne pense pas les personnes accompagnées comme de simples bénéficiaires, mais comme des actrices et acteurs à part entière d’une histoire collective.
Puis la célébration du 25e anniversaire de la fondation, organisée dans la cour de Conventuales, haut lieu de résistance et mémoire uruguayenne pendant la dictature (1973-1984), a réuni près de 200 personnes dont les jeunes bénéficiaires, les anciens boursiers, des membres du comité de sélection, des collaborateurs, des partenaires et des amis de la fondation. Un moment particulièrement symbolique, qui a permis de mesurer l’ampleur de cette communauté construite au fil de 25 années d’accompagnement et de mieux comprendre la continuité ente son projet fondateur et le parcours de celles et ceux qu’elle accompagne.
Aller à la rencontre de Chamangá, c’est aussi découvrir quelque chose d’autre qu’un dispositif d’accompagnement. C’est entrer dans une communauté où les parcours individuels deviennent une force collective, où la transmission crée du lien et où chacun·e peut, à son tour, aller vers les autres.


Des projets de terrain qui donnent corps à la solidarité
Au fil de la semaine, les rencontres avec les boursières et les boursiers ont donné une dimension très concrète aux valeurs portées par Chamangá. Dans le quartier de Santa Eugenia, la visite du projet communautaire d’Angeles, étudiante en architecture, a permis de découvrir le programme de logement Rancho cero et son travail auprès des habitantes et habitants de l’un des quartiers les plus défavorisés de Montevideo. Puis la rencontre avec Fiorella, étudiante en droit, à l’Observatorio Luz Ibarburu, a ouvert un autre espace de réflexion autour de la mémoire, de la justice et de la défense des droits humains en Uruguay. Finalement, la visite menée par trois boursiers auprès du merendero (soupe populaire) pour les enfants du quartier a rappelé combien l’engagement des jeunes peut prendre des formes multiples, à travers un accompagnement social, la solidarité alimentaire, l’action communautaire, la transmission ou encore la défense des droits. Faire de l’accompagnement individuel un point de départ vers un engagement collectif est l’une des forces de Chamangá.

Coopération internationale, construire des solidarités aujourd’hui
Le mercredi 27 mai, cette réflexion s’est prolongée lors de la rencontre « Coopération et solidarité internationale, un défis actuel essentiel », organisée au palais présidentiel et consacrée à la coopération internationale et à la solidarité, enjeux cruciaux aujourd’hui.
Les échanges avec les acteurs uruguayens de la coopération internationale, ainsi qu’avec l’Agence uruguayenne de coopération internationale (AUCI), ont permis de croiser les expériences et de réfléchir au rôle que peuvent jouer les fondations et la société civile dans un contexte international en profonde transformation.
Pour la Fondation Danielle Mitterrand comme pour Chamangá, la solidarité internationale ne peut être réduite à une relation entre institutions. Elle se construit aussi dans les rencontres, dans la circulation des savoirs et des expériences, dans la reconnaissance de la pluralité des parcours et dans la capacité à faire émerger des initiatives locales.
Coopérer, c’est donc aussi se déplacer, au sens propre comme au sens politique, c’est aussi parfois sortir de ses cadres habituels, rencontrer d’autres réalités et accepter que la relation transforme chacun·e et peuvent faire naître des solidarités vivantes et fondées sur la réciprocité.


Deux histoires, une même exigence humaniste
Le rapprochement entre Chamangá et la Fondation Danielle Mitterrand s’inscrit dans l’histoire de deux femmes engagées, Anne-Marie Sendic et Danielle Mitterrand. Leurs parcours sont différents, leurs combats se sont inscrits dans des contextes différents, mais ils portent une même exigence qui est de placer la dignité humaine, la libertés et la capacité d’agir au cœur de l’action.
Anne-Marie Sendic a consacré une grande partie de sa vie à la défense d’un Uruguay démocratique, social et solidaire. Son engagement s’est notamment traduit par la création de Chamangá et par la conviction que chaque jeune doit pouvoir développer ses capacités, trouver sa vocation et contribuer à la transformation de son pays.
Danielle Mitterrand, de son côté, a fait de la défense des droits humains et du droit des peuples à disposer de leur destin le fil conducteur de son engagement. Son action internationale reposait sur une confiance profonde dans la capacité des personnes et des communautés à devenir actrices de leur propre avenir.
Pour les deux fondations, la prochaine étape est désormais de transformer cette rencontre en coopération vivante, de partager les expériences, créer des passerelles, élargir les réseaux et imaginer ensemble de nouvelles manières de faire vivre la solidarité internationale. Car l’héritage d’Anne-Marie Sendic et de Danielle Mitterrand n’est pas figé. Il invite au contraire à poursuivre, à adapter et à transmettre. Et cet héritage ne réside pas uniquement dans les institutions qu’elles ont contribué à construire, mais dans une dynamique, celle d’une solidarité active et résolument tournée vers l’avenir.
