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Le 10 septembre 2026, la Via Campesina organise un webinaire dans le cadre de la journée internationale d’action contre les accords de libre-échanges et l’OMC.

L’appel à action

« Chaque année, au cours de ce mois, La Via Campesina rappelle au monde entier le sacrifice du paysan coréen Lee Kyung Hae, qui s’est donné la mort à Cancún en 2003, devant les portes du lieu où se tenait la Conférence ministérielle de l’OMC. Son geste ce jour-là a été l’une des expressions les plus fortes du désespoir, de la frustration et de la résistance des paysan⋅nes face à un ordre mondial néolibéral : un ordre qui, depuis lors, a dévasté les systèmes alimentaires ruraux, s’est emparé de nos territoires et de nos semences, et a appauvri les familles paysannes.

LE NEOLIBERALISME : IDENTIFIER LA BETE

Pour le dire sans détours, le néolibéralisme vise à protéger le capitalisme contre les peuples. Il s’agit d’un projet transnational du XXe siècle qui cherchait à remodeler l’État et les institutions mondiales afin de protéger les « marchés » contre les processus décisionnels nationaux et démocratiques, ainsi que contre les revendications en faveur de la justice sociale.

L’un des aspects déterminants de cette évolution a été la création d’institutions internationales telles que la Banque mondiale, le fonds monétaire international (FMI) et l’organisation mondiale du commerce (OMC). Ces institutions mondiales ont fourni l’assise juridique de la mondialisation du capital avec les impacts désastreux que nous connaissons aujourd’hui.

Les accords de libre-échange, l’aide conditionnelle, les prêts et les programmes d’ajustement structurel (ainsi que d’autres mécanismes) sont devenus des instruments par lesquels les pays ont été contraints d’ouvrir leurs marchés et de se conformer aux « règles » de la concurrence économique internationale. Ces instruments ont contraint les pays du Sud à extraire et à exporter leurs matières premières vers les puissances impériales du Nord, où celles-ci étaient transformées puis réexportées vers le reste du monde sous forme de produits finis. Cela a enrichi encore davantage les pays les plus riches et leurs entreprises, tandis que les travailleur⋅euses et les paysan⋅nes, partout dans le monde, s’appauvrissaient. D’Argentine au Sri Lanka, du Kenya à l’Équateur, et du Burkina Faso à la Bolivie – nous avons vu comment des États ont été contraints d’adopter un modèle d’exportation des échanges, de revenir sur leurs politiques publiques de protection sociale, de privatiser les services publics et d’ouvrir leurs marchés pour « s’intégrer » à l’économie mondialisée.

  • ET SES IMPACTS SUR LA SOUVERAINETÉ DES PEUPLES

Dans le cas de l’agriculture, cela a conduit, comme on pouvait s’y attendre, à des accaparements massifs de terres, de forêts et d’eau, ainsi qu’à des dépossessions territoriales au profit de la monoculture à grande échelle et de l’élevage industriel. Le règne de la production, de la transformation et du transport des denrées alimentaires reposant sur les combustibles fossiles s’est étandu. Le Brésil, l’Indonésie, le Costa Rica, l’Australie, et la plupart des pays d’Europe occidentale – sont tous des exemples exemplaires de cette expansion rapide de l’agriculture industrielle, ainsi que de la concentration des terres, au détriment des petit⋅es producteur⋅rices alimentaires.

Par le biais des accords de libre-échange et d’autres formes de coercition économique, les gouvernements ont été contraints de déréglementer et de privatiser les marchés agricoles, de démanteler les stocks publics et de supprimer les aides au revenu agricole. Ces mesures ont accru la précarité des petit⋅es producteur⋅rices alimentaires et des travailleur⋅euses du système alimentaire. Elles ont creusé les inégalités mondiales et créé une énorme dépendance vis-à-vis des importations dans de nombreux pays.

Cela a aussi rendu les familles rurales et les travailleur⋅euses urbain⋅es plus vulnérables aux chocs mondiaux.

Le rapport Situation des marchés des produits agricoles 2026 souligne que les pays à revenu faible et intermédiaire sont de plus en plus exposés à divers chocs, comme les événements météorologiques extrêmes, les conflits, les pandémies, les pressions macroéconomiques et les crises financières. Ces perturbations entraînent souvent une hausse du coût de la vie, une augmentation des coûts de production alimentaire, une baisse du pouvoir d’achat et une aggravation de l’insécurité alimentaire au sein des classes paysannes et ouvrières.

L’ensemble de ces facteurs influence profondément les petit⋅es producteur⋅rices alimentaires du monde – en particulier les femmes et les jeunes. Les politiques nationales, ainsi que les accords commerciaux internationaux, sont souvent conçus contre les intérêts des femmes paysannes : celles-ci, sont confrontées directement à d’immenses difficultés dans de nombreux pays pour accèder au commerce des produits agricoles et être reconnues comme agricultrices. Dans les systèmes d’agriculture industrielle, elles subissent de façon disproportionnée les effets des agrotoxiques et de nombreuses violences perpétrées dans le cadre de leur travail. Le système néolibéral agroindustriel rejette et marginalise les économies de solidarité et les économies féministes. Il impose une « économie de marché libre » qui exclut plus qu’elle n’inclut. Pour la jeunesse paysanne, le prix prohibitif des terres agricoles – dû à la spéculation – ainsi que les politiques qui imposent la numérisation dans l’agriculture agissent souvent comme des barrières à la poursuite de l’activité agricole. Cela provoque un exode des jeunes des zones rurales partout dans le monde, avec des conséquences profondes pour la souveraineté alimentaire de nos communautés.

Les vastes manifestations de paysan⋅nes observées en Inde, au Japon, en Corée du Sud et dans une grande partie de l’Europe au cours des dernières années témoignent de la colère populaire et des frustrations des paysan⋅nes face à un système qui ne cesse de les pénaliser.

  • LE CHANGEMENT DE NATURE DU NÉOLIBÉRALISME

En 2026, il apparaît clairement que ce système néolibéral s’adapte rapidement au XXIe siècle, à l’ère d’une numérisation accélérée et de multinationales exceptionnellement puissantes.

L’accent n’est pas seulement mis sur les grands accords commerciaux multilatéraux et les partenariats économiques -tels que le MERCOSUR ou le RCEP1. Il porte également sur la prolifération exponentielle de zones économiques spéciales ou exclusives, de paradis fiscaux, de centres de données, de communes régies par l’intelligence artificielle et de plateformes numériques fonctionnant hors de tout contrôle public. Il ne s’agit pas simplement de parcs d’activités ordinaires. Ce sont des « espaces juridiques » arrachés au territoire national (en rasant des terres agricoles, des forêts et des zones côtières) mais régis par des règles différentes, offrant aux investisseurs étrangers une fiscalité réduite, une réglementation allégée et des dérogations aux lois standard en matière de travail et d’environnement. La zone pour l’emploi et le développement économique nommée Prospera au Honduras fait partie des exemples les plus frappants de ces zones qui créent de facto des brèches dans l’État-nation, permettant au capitalisme de fonctionner en dehors de toute responsabilité démocratique. Bien d’autres zones de ce type se profilent à travers le monde.

APPEL À LA MOBILISATION CONTRE LE SYSTÈME NÉOLIBÉRAL! CONSTRUISONS DES ALTERNATIVES !

Il est clair que nous ne sommes pas seulement contre les institutions mondiales que sont l’OMC, la Banque mondiale et le FMI. Nous sommes également contre ce vaste projet néolibéral en cours soutenu par les liens douteux entre les États, les entreprises multinationales et les élites nationales.

Il faut une réponse mondiale et la globalisation de notre lutte pour faire reculer cette mondialisation du pouvoir des entreprises multinationales.

Dans le même temps, nous devons leur montrer à quoi pourrait ressembler un monde repensé. Nous ne nous contentons pas de résister : Nous proposons également des alternatives concrètes. Notre lutte pour la souveraineté alimentaire est une vision du monde que nous voulons construire, pour nous-mêmes et pour les générations futures.

C’est dans cet esprit que, en marge de la 13e Conférence ministérielle de l’OMC au Cameroun, La Via Campesina a publié son cadre alternatif de commerce mondial, qui réinvente un système commercial selon les principes de la souveraineté alimentaire. Ce document représente notre cri de ralliement pour réorganiser le commerce mondial en faveur des petit⋅es producteur⋅rices alimentaires partout dans le monde.

C’est pourquoi, en septembre prochain , nous appelons toutes nos organisations membres et tous nos allié⋅es à se mobiliser contre l’OMC, la Banque mondiale et le FMI, ainsi que contre les visions dystopiques des géants de la technologie qui se dessinent actuellement. Nous appelons nos membres partout dans le monde à faire connaître notre proposition alternative au sein de leurs communautés. »

Le webinaire

La Via Campesina organisera en septembre un webinaire mondial afin d’approfondir notre analyse du néolibéralisme et de la manière dont il s’adapte à notre époque, afin que nous puissions y répondre efficacement et collectivement. Les détails seront communiqués prochainement

Le jeudi 10 septembre 2026 – en ligne