Engagée dans les réflexions autour de la (re)construction de « communs », à l’écoute des initiatives d’auto-organisation qui repensent et expérimentent de nouvelles manières de faire ensemble et attachée à la création de solidarité transnationales, la Fondation a soutenu l’implantation de cet espace de partage et de luttes auquel donne vie la Cantine syrienne (devenue en Darna). Installée au cœur de Montreuil, dans ce territoire à la longue histoire militante et multiculturelle, la Cantine Syrienne invente de nouvelle manière de tisser des liens locaux et transnationaux à partir de l’ancrage local de trajectoires d’exil. Dans cet entretien croisé, Rindala, Nathan, Mayada, Taha et Théo reviennent sur la création de cette cantine populaire (mais pas que !) et les pratiques de vivre-ensemble, ancrées dans des solidarités de quartier, qui font la puissance de leur manière d’habiter la ville et de tisser des relations avec les habitant·es.
Pouvez-vous vous présenter ? Comment vous êtes-vous rencontrés ? Qu’est-ce qui vous relie ?
Nathan : J’ai connu Taha et Mayada au lancement de la Cantine Syrienne, Théo m’a proposé ce projet après en avoir parlé à Mayada. Je connais très bien la Cantine des Pyrénées depuis longtemps et j’y participais souvent en tant que bénévole pour aider à cuisiner. Avec Mayada et Théo on a voulu s’imprégner de ce que faisait la Cantine des Pyrénées, qu’on voyait comme une sorte de modèle.
Mayada : quand j’arrive en France j’ai beaucoup d’idées mais je ne sais pas par où commencer. Théo et Rindala m’invitent à visiter la Cantine des Pyrénées avec un centre de français. Je fais la cantine le midi et les leçons l’après-midi. A ce moment on réfléchit à l’idée : pourquoi ne pas faire une cantine à partir de repas syriens ?
Taha : A la base je connais Mayada et Rindala, on discute ensemble avec Théo du projet de la Cantine.
Rindala : Avec Taha on a fait plusieurs activités. On a commencé à militer ensemble avec Taha ou Theo que j’ai rencontré là-bas dans le cadre de l’occupation de Paris 8, une occupation pour demander la régularisation collective des sans-papiers qui étaient dans la rue à l’hiver. Taha et des amis syriens sont venus cuisiner à l’occupation, on a animé des soirées avec du dabké, de la danse, etc. Il y avait plusieurs occupations de facs en 2018, on s’est dit qu’il fallait intervenir, ramener d’autres choses, pas juste quelque chose de franco-français avec les histoires qu’on entend ici. On a un parcours, une histoire, des choses à transmettre, qui pourront être bénéfiques à des militants ici. On a commencé à parler de la mobilisation des étudiants en Syrie pendant la révolution de 2011, au sein des facs françaises. Ça a permis plusieurs rencontres dans des facs jusqu’à la rencontre définitive avec les Gilets jaunes de Montreuil dont plusieurs personnes qui gravitent autour de la cantine faisaient partie.
Pourquoi avoir décidé de co-fonder la Cantine Syrienne en 2019 ? Pourquoi avoir choisi particulièrement de créer une cantine populaire ? Quelles étaient vos envies de départ et vos « hypothèses » ?
Mayada : Premièrement nous voulons continuer notre chemin et notre but de la révolution syrienne. Nous ne voulons pas arrêter ou rester calmes. Il faut continuer, en France il y a la possibilité de faire beaucoup de choses, il y a beaucoup de mouvements qu’on peut contacter pour prendre l’expérience, faire exister cette idée de solidarité, de liberté. Les peuples en France ont beaucoup d’expérience. Pourquoi le « prix libre » ? Les gens qui sont pour la liberté, je remarque que souvent ils n’ont pas d’argent. Les gens qui s’intéressent aux mouvements n’ont pas beaucoup d’argent.
Nathan : Pourquoi une cantine « populaire » ? On avait surtout pas envie de créer un énième lieu bobo sur Montreuil. Le prix libre aussi parce qu’on a une sorte de croyance en ça, pour la Cantine des Pyrénées ça marche pas mal même s’ils ont plutôt un prix indicatif.
Taha : Avant la Cantine Syrienne je ne connaissais pas cette idée de prix libre, mais je trouve ça intéressant de pouvoir recevoir des personnes de milieux très différents.
Rindala : Pourquoi construire une cantine ? Déjà, avec Taha et d’autres amis syriens, quand on faisait des choses à la fac on a constaté que faire une intervention où on allait parler de choses très lourdes, ou concrètes, ou techniques, avec le besoin de beaucoup de contexte, il y avait assez peu de monde, 6 personnes, déjà assez renseignées. Alors que quand on faisait un apéro, de la musique, il y avait beaucoup plus de monde. La transmission autour de la révolution syrienne se fait de manière plus spontanée, organique, naturelle, parce que dans les moments festifs et joyeux les gens posent des questions,s’intéressent etc. Les autres étaient contents d’être accueillis dans un espace organisé par des révolutionnaires syriens. On veut continuer à transmettre les valeurs de la révolution syrienne sans être dans la forme lourde des conférences : faisons autre chose ! Quoi de mieux que la nourriture syrienne ? Et l’aspect culturel en général : la musique, le raoud, le dabké, qui permet que plus de gens viennent et s’intéressent à d’autres aspects, pas juste « la révolution » ou « la guerre civile ».
Mayada : Notre projet n’est pas un business, il s’agit de présenter notre culture. Ça n’a pas de prix, on ne sait pas combien ça coûte. Le prix libre ça permet de présenter nos buts, notre culture, nos savoir-faire, de manière « gratuite ».


Partout en France des cantines populaires poussent depuis des années dans le sillage des luttes et des alternatives locales. Selon vous, pourquoi l’alimentation est tellement importante pour fabriquer du commun et donner de la force aux résistances ? Qu’est ce qui se joue autour du repas partagé ?
Nathan : Manger est un besoin primaire pour tout le monde. Beaucoup de gens aiment cuisiner, s’y intéressent. C’est en cela que les cantines sont propices à la rencontre, permettent du partage. C’est aussi une manière de casser les codes militants tout en gardant l’aspect politique.
Rindala : Dans le fait de laisser la possibilité aux bénévoles, et pas juste à notre collectif, de cuisiner de 9h à 12h, il se passe quelque chose. Il y a des gens du quartier, pas forcément touchés par le mouvement social ; des militants ; des amis qu’on a pas vus depuis longtemps. Quelque chose s’active autour de cette activité de cuisiner ensemble. Il y a beaucoup d’échanges, de rencontres. Cette « fabrication du commun » se fait dans l’idée de partager une activité pour faire quelque chose. Ça rassemble une belle diversité de gens sur le temps, beaucoup de bénévoles reviennent dans le temps, demandent ce qu’ils peuvent faire, posent des questions. Pourquoi le prix libre ? C’est quoi l’autonomie alimentaire ? C’est quoi les conseils locaux dans la révolution syrienne ? Il n’y a pas les barrières imposées par les parcours spécifiques, particuliers de chaque personne. Encore une fois, quand tu invites des gens à cuisiner, les gens adorent faire ça. Quand tu invites des gens à écrire un texte il y a 5 personnes, mais à cuisiner il y en a 20 !
Mayada : En Syrie, quand tu invites quelqu’un il vient pour aider et préparer le repas, pas seulement pour manger. C’est un moment de « partage des soucis » communs. On peut ainsi facilement partager notre histoire… Et créer une nouvelle famille !
Taha : Je n’ai pas vraiment de choses à rajouter. Dans ma vie il y a deux choses : la cuisine et la politique. C’est la Cantine Syrienne. Une phrase qu’on dit en arabe : « La clé de l’estomac c’est un morceau, la clé du dialogue c’est un mot. » Chaque matin je vois plusieurs nationalités pour préparer le repas !
Rindala : C’est relié au fait que c’est concret. C’est un besoin primaire. C’est une suite logique notamment des mouvements sociaux : t’as essayé de lutter contre une loi injuste, de résister contre le gouvernement. Parfois on ne voit pas les résultats de cela, alors qu’une cantine c’est très concret, palpable. Tu accomplis quelque chose, tu cuisines, et sers ton repas à 100 personnes. Et puis sur l’aspect populaire, tu rencontres aussi d’autres personnes. A l’AERI, à la Maison Ouverte, les gens sont en demande de ces espaces de rencontres inattendues ! Le concret, et l’ancrage local, cela rend l’initiative très puissante.


Vous dites que la Cantine syrienne c’est une « cantine, mais pas que », pourquoi ? Quels sont vos autres projets, au-delà des repas deux fois par semaine ? Pourquoi est-ce si important ?
Taha : Au-delà des repas partagés, pour moi le plus important c’est de continuer la lutte dans l’exil en tant que syrien réfugié. La perception de la révolution syrienne a beaucoup évolué, très rapidement l’alternative civile a été oubliée, les gens ont résumé à l’opposition Bachar al-Assad et Daech. La dimension politique pour moi est extrêmement importante. Et puis aussi, créer un espace pour tout le monde, ou partager sa culture.
Rindala : Pourquoi pas que cantine ? Au début quand on a commencé, des gens sont arrivés en demandant « qu’est ce qu’on peut faire pour aider les réfugiés syriens ? Je peux ramener des vêtements, etc ! ». On avait beau dire « cantine populaire », les gens ramenaient à l’humanitaire. Nous, on s’en méfie par l’aspect dépolitisant. Une cantine populaire c’est un espace qui pourrait être politique, mais il faut le dire. Avoir d’autres activités pour affirmer notre conception politique. C’est pas juste « c’est les Restos du cœur mais plus cool ». On a besoin, du côté des membres syriens, de se dire qu’on est capables de
faire de la politique. D’être solidaires avec d’autres gens. On ne reçoit pas juste de la solidarité de la part d’autres personnes ! L’idée est de revenir pour nous au fil de notre parcours, remonter au fil de la révolution syrienne ! On aurait aimé avoir cette solidarité internationaliste à notre époque, on ne l’a pas eu, soit. On va essayer de le construire petit à petit, à notre échelle, humblement, à partir d’ici.
Mayada : On veut créer un espace qui ressemble à notre pays, avec la nourriture, mais aussi la culture, la danse, la littérature, toute une manière de vivre, d’accueillir, de partager. Un endroit où on se sent comme chez nous. On ne peut pas diviser la vie, il n’y a pas d’un côté la politique et le repas, tout va ensemble !
Taha : Sur le fond des activités, on a commencé des cours de langue arabe. Je pense que la langue c’est la moitié de la culture. Une deuxième chose c’est que les instituts pour apprendre l’arabe c’est très cher. On a fait des cours à prix libre, parce que c’est vraiment pour tout le monde. Moi j’adore la langue arabe, ça me touche directement. Quand tu comprends la langue tu comprends la chanson, ce que les gens se disent, c’est vraiment important.
Rindala : Tout ce qui est danse, langue, ciné-club ou cuisine, au-delà de l’aspect d’échange culturel dont parle Taha, on essaie aussi de créer l’espace pour permettre à d’autres personnes de s’approprier des choses qui nous tiennent à cœur, d’ouvrir un autre monde, de partager une certaine joie. La danse me donne une quantité de joie phénoménale : donner à d’autres personnes la possibilité d’accéder à cette source de joie ! Pour le potager, le chant, ou bien le projet avec Longo Maï et Bujuruna Juzuruna, il s’agit d’apprendre quelque chose qui nous permet d’être en contact avec de gens différents de nous dans les milieux ruraux, pas dans les villes, avec d’autres questions et problématiques. Il y a une chance pour nous d’apprendre et découvrir d’autres enjeux différents de ceux à Paris ou en Syrie.
Mayada : Ce projet nous pousse en avant. Le projet avance devant nous. Les gens qui nous visitent nous demandent : comment on peut apprendre à cuisiner ? Comment on apprend la langue arabe ? Il y a un vrai chemin. Ces échanges nous montrent que tout ce qu’on a comme idée dans ce projet n’est pas juste un rêve mais on peut le réaliser en vrai ! Les besoins des gens et leurs envies nous donnent des idées, et après ça se fait.
A l’heure où le débat public français prend une teinte de plus en plus raciste et néo-fasciste avec les polémiques sur « l’islamo-gauchisme », vous affirmez une conception et des pratiques du vivre-ensemble toute autre, ancrée dans des solidarités de quartier, au sein de la ville multiculturelle de Montreuil, est-ce que c’est possible d’en dire plus ? Comment se fait cette « fabrique du commun » au sein du quartier ?
Théo : Ca n’est pas évident de répondre à cette question. Le confinement et la crise sanitaire nous ont arrêtés dans notre lancée également… L’ambition c’est d’être un peu connus et ancrés dans la ville, avoir été dans deux lieux différents à la Maison Ouverte et maintenant à l’AERI fait qu’on est plus identifiés. A Montreuil, il y a une fracture, il y a des frontières entre les milieux populaires et les milieux artistiques ou militants. J’ai l’impression que la Cantine Syrienne pourrait être un pont entre ces milieux. Il y a une dimension très multiculturelle à Montreuil entre les Algériens, Kabyles et Maliens. Il y a beaucoup
de restaurants kabyles, quelques restaurants maliens, mais assez peu d’activités culturelles ouvertes qui se croisent avec le milieu militant dont on fait partie. A la Cantine Syrienne il y a quelque chose à tenter à ce niveau-là : le croisement entre approche politique de camarades syriens, l’aspect culturel de la cantine, qui peut se rencontrer avec la diaspora arabophone. Ça n’est pas forcément évident, mais on a vu dans nos cantines et nos événements, il y a un public assez différent de celui que j’ai l’habitude de voir en tant que militant montreuillois dans d’autres espaces.
Rindala : Dans la « fabrique du commun », il faut aussi penser aux lignes rouges, à ce qui n’est pas commun. Ce qu’on n’accepte pas. En tant que Cantine syrienne, ancrée dans une maison de quartier qui est l’AERI, ça oblige à prendre position.
Toutes les stigmatisations sociales, racistes, islamophobes, qui circulent partout, même à Montreuil, dans tous les milieux
on les refuse… mais dans un espace ouvert dans le quartier. On rentre dans l’AERI, la première chose qu’on voit à droite
c’est le drapeau de la révolution syrienne. Dans cette délimitation de ce qui est commun, on n’accepte pas que des gens
disent « votre cause n’est pas légitime, vous êtes des islamistes, vous ne comprenez pas la démocratie, la révolution
syrienne n’a rien à voir avec l’émancipation ». Si cela est accepté alors on peut faire d’autres choses. Le drapeau de la
révolution peut être critiqué, on peut discuter de pleins de choses.
Théo : On s’inscrit dans des pratiques de solidarité et d’entraide à notre échelle. La première édition de notre rencontre
« Les Peuples Veulent » ont permis la rencontre de beaucoup de gens à Montreuil. On est encore au tout début de
l’initiative, c’est difficile de dire l’impact sur les solidarités de quartier. On a un ancrage mais c’est le début.


Vous êtes basé dans le lieu commun de l’AERI, est-ce que vous pouvez expliquer ce que c’est ?
Théo : L’AERI est un projet protéiforme d’un espace de solidarité, d’entraide, de rencontre, avec l’ambition de toucher en priorité le quartier. Dans cet espace se croisent et s’organisent beaucoup d’ateliers collectifs très divers. Une vingtaine pour l’instant. Ces ateliers sont très différents, ça va du yoga, à des imprimantes 3D par un réseau d’entraide d’ingénieurs, un trio de cantines, des collectifs plus politiques comme les Gilets Jaunes ou les Brigades de Solidarité Populaire, et nous, qui sommes aussi un peu au début de l’initiative de l’AERI.
Ça nous va bien d’être au milieu de cette diversité de pratiques et de gens, puisque ça correspond à ce qu’on a envie de faire, au public divers qu’on a envie de toucher. En étant ouvert on ramène un public qui fait du bien au lieu, divers, international. Énormément de gens du quartier en septembre octobre sont venus nous aider : des jeunes réfugiés du Sierra Leone, le vieux monsieur indien Bala qu’on adore tous et qui est à la retraite et ne sait plus quoi faire parce qu’il ne travaille plus, des jeunes étudiants. Il y a tout un panel de gens du coin qui étaient un peu seuls, ou alors curieux, avec l’envie de participer à quelque chose. Ça été très précieux au début de l’année, on a envie de continuer là-dessus.
La Cantine Syrienne s’inscrit dans une constellation de lieux, d’alternatives locales et associations d’entraide et de solidarité à Montreuil, est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur ce « terreau » favorable ?
Théo : Pour l’instant je dirais qu’on n’est pas encore totalement dans les dynamiques inter-collectifs et inter-lieux de Montreuil, même si on suit ce qui s’y passe. Des événements comme « Les Peuples Veulent » en 2020 ou 2021 font que cela touche plus de gens au niveau de Montreuil, certains se disent qu’on fait juste à manger et parfois on invite des révolutionnaires du monde entier. On aime cette surprise autour de cette double identité. A Montreuil il y a une forte histoire de luttes, une mairie communiste, un milieu libertaire assez dense. Et puis il y a une nouvelle vague depuis quelques années, et notamment reliée à l’expérience des Gilets jaunes qui s’est bien combinée avec le projet de l’AERI. Les Brigades de solidarité populaire pour faire face au Covid ont donné aussi quelque chose de dynamique au niveau local sur les activités de distribution alimentaire, le soutien sanitaire, beaucoup de choses qui ont été fournies à partir de l’AERI. Il y a beaucoup de couches de gens différents qui se mettent en action en ce moment à Montreuil. La dynamique d’AERI s’inscrit aussi dans l’héritage d’autres lieux anciens, comme la Parole Errante ou la Maison Ouverte, qui pose les bases d’une potentielle coordination entre des lieux communs montreuillois.
Et notamment sur la dynamique « communaliste » de plateforme entre lieux ? Pouvez-vous expliquer ce terme « communaliste » ?
Théo : L’hypothèse c’est qu’on est beaucoup de collectifs et de lieux à Montreuil où on sent cette vague actuelle très positive. Et on a envie de passer à un niveau d’organisation supérieur, avec des ambitions plus importantes. On a fait une tentative en juin 2020 dernier, avec une période avec beaucoup d’entraide et de lien entre les collectifs, pour lancer une sorte de « plateforme » entre des lieux et des collectifs. Ça fait un an que ça dure, ça du mal à trouver ses marques, mais l’ambition est de chercher des moyens de développer l’auto-organisation et du communalisme, dans le sens de donner et réapproprier le plus de pouvoir aux habitants de Montreuil. On est forts dans nos lieux, mais comment on s’ouvre et on s’étend ? Comment on rend ces idées encore plus crédibles ? Pendant le confinement au niveau alimentaire on était plus forts que ce que faisais la Mairie, qui nous citait dans les journaux, nous demandait des coups de main. On a bien qu’on faisait des choses sérieuses à l’échelle de notre ville. Comment on va plus loin, en permettant aux habitants de décider ? Il y a toute l’idée de l’accueil des zapatistes par l’inter-lieux également. Il y a aussi l’idée de recenser les moyens matériels dont on dispose et qu’on peut partager, la sono, la cuisine, etc. Et puis une idée d’agenda collectif d’actions, pour rassembler ce qui est proposé et mis en place par l’AERI, la Parole Errante et la Maison Ouverte. Il se passe des choses tout au long de la
semaine !
Quelle conception de la réappropriation du pouvoir par les habitant·es et du lien entre luttes et alternatives promouvez-vous ?
Théo : On veut faire le Conseil local de Montreuil, c’est simple ! Un ami syrien disait : « si y’a une révolution en France comme en Syrie vous aurez un super conseil local à Montreuil ». Il y a l’idée d’une réappropriation du pouvoir local sans passer par les élections. A Montreuil les enjeux électoraux sont assez crades donc c’est compliqué d’y mettre un pied. On a l’ambition de se réapproprier du pouvoir par la base, de se réapproprier les décisions au sein de notre ville. D’abord, on part de nos espaces et de nos pratiques de solidarité. L’ambition d’une plateforme est à la fois d’avancer lentement mais sûrement, de construire un contre-pouvoir et une force locale, mais pourquoi pas être prêts à proposer facilement un mode d’organisation qui pourrait se substituer à la mairie ou l’État. D’être prêts pour le prochain soulèvement, d’une certaine manière.
Rindala : Sur l’idée de réappropriation du pouvoir par le bas, il n’y a pas que le pouvoir politique et symbolique, mais du concret. Des lieux et des moyens matériels à mettre en commun, et qui peuvent être substitués au marché. C’est quelque chose de très concret. Il ne s’agit pas de savoir si on est pour ou contre les élections municipales, mais de construire par nous-mêmes des bases matérielles qui permettent aux habitants d’avoir une vie digne et juste. Et, à partir de là, réfléchir au système politique dans lequel on veut vivre. La démocratie c’est pas juste une question de pouvoir politique, mais aussi quelque chose de très technique, matériel : comment on vit, comment on mange.