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La Loi d’Urgence Agricole (LUA). Quand l’État légifère pour les pollueurs

08.04.2026

Après huit ans de lutte contre les méga-bassines, des dizaines de victoires juridiques et des mobilisations rassemblant des dizaines de milliers de citoyen·nes, le gouvernement Lecornu choisit de changer les règles du jeu plutôt que de changer de modèle. La LUA ne répond pas à l’urgence agricole : elle l’aggrave, en confisquant l’eau, en bâillonnant les instances démocratiques et en offrant aux lobbies de l’agro-industrie ce que la justice leur a refusé.


En réponse aux dernières colères du monde agricole, ce mercredi 8 avril 2026 est transmis au Conseil des ministres le projet de Loi d’Urgence Agricole (LUA). 23 articles portant sur la gestion de l’eau, la prédation du loup et les moyens de production agricole, que le gouvernement Lecornu cherche à imposer dans une gestion de crise toujours plus précipitée. 

Cette nouvelle Loi écocide fait suite au hold-up démocratique du 13 janvier 2026, lorsque le Premier ministre a décrété un moratoire national sur les décisions concernant la gestion de l’eau, en réaction aux évènements du 11 décembre 2025, qui ont perturbé les discussions au sein de la Commission Locale de l’Eau (CLE) du bassin de la Vilaine. Ce jour là, devait être définitivement adopté le Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE), un document servant de référence juridique, qui comprenait notamment l’application d’interdiction des herbicides sur les parcelles de maïs situées à proximité d’aires de captage d’eau potable. Une règle de bon sens, contestée par des agriculteurs pro FNSEA, rejoints par des adhérents de la Coordination Rurale, qui ont alors tenté de bloquer l’entrée de la salle, malgré la présence de la Police et le fait que, 5 jours plus tôt, Emmanuel Macron avait discuté avec le secrétaire de la FDSEA 35. 

La LUA s’inscrit dans la continuité de la Loi Duplomb et des directives Omnibus, portées par la Commission européenne. Ces textes visent à alléger les procédures et à assouplir les cadres réglementaires afin de répondre aux attentes de l’agro-industrie européenne, soucieuse de préserver sa compétitivité en limitant les contraintes administratives et environnementales. Autrement dit, il s’agit d’organiser un modèle où produire en dégradant l’environnement devient toléré, avec un accès à l’eau garanti, si vous êtes alliés des baronnies locales. 

Les offensives conjointement menées par le gouvernement Lecornu et la FNSEA visent à détricoter les textes liés à la protection de l’eau, pour empêcher tout changement et ainsi préserver le modèle agro-industriel dominant, productiviste et toxique. 

Pour nous, la LUA serait un énième pansement visant à acheter la paix sociale d’un côté, tout en assurant l’immunité de l’agro-industrie française d’autre part. Un procédé anti-démocratique qui trompe les attentes communes d’une alimentation saine et locale, les revendications syndicales d’un revenu paysan décent, ainsi que la nécessité de préserver l’environnement. 

En ce qui concerne l’eau, le gouvernement Lecornu semble déterminé à renforcer le contrôle de l’État. Par l’intermédiaire des préfets, il entend reprendre la main sur les décisions liées à l’irrigation de cultures destinées à l’exportation. Cette orientation viserait également la préservation utilitariste des zones humides restantes et les pollutions de l’eau potable que l’on peine de plus en plus à potabiliser. Dans le même temps, les pouvoirs des défenseur·es de l’environnement seraient restreints et se verraient entravés dans leurs fonctions essentielles, pourtant nécessaires au respect des règles communes pour assurer la préservation durable des milieux dont dépend notre survie.

Vous trouverez ci-dessous le communiqué avec l’analyse détaillée sur les questions de l’Eau, article par article, de ce projet de loi.

Bonne lecture

Cancer Colère 86, la Fondation Danielle Mitterrand et les Collectifs BNM (Inter-BNM)